Vision

La maturation du système visuel de l’enfant est longue et délicate. Il existe une période sensible, correspondant à la phase de développement au cours de laquelle le fonctionnement du système visuel est particulièrement dépendant de la qualité de l’expérience visuelle dont bénéficie l’enfant. Cette période sensible est sujette à une forte plasticité cérébrale avant l’âge de 6 ans, diminue progressivement jusqu’à l’âge de 10-12 ans et est faible par la suite.

Les enfants exposés aux écrans se plaignent souvent de ce qu’on appelle la fatigue visuelle, ou syndrome de la vision artificielle.

Quel que soit l’âge de la personne, ce syndrome regroupe un ensemble de symptômes qui apparaissent principalement en fin de journée après que la vision de près ait été sollicitée en permanence par des efforts d’accommodation sur des écrans.  

Les troubles visuels sont provoqués par la mise au point de plus en plus difficile de l’œil sous l’effet de la fatigue : l’enfant essaie de garder une image la plus nette possible.

D’après l’American Optometric Association, plus de 16 millions de personnes souffrent du syndrome de la vision artificielle.

De plus, si la conception du fauteuil, la disposition du clavier, la hauteur de l’écran et l’éclairage ne conviennent pas à la personne qui utilise l’ordinateur, ils peuvent entraîner des tensions aboutissant à cette fatigue visuelle.

Les signes cliniques qui traduisent une fatigue visuelle se manifestent par une sensation d’inconfort, de tension, de lourdeur des yeux, des orbites ou des paupières.  

Les personnes peuvent aussi se plaindre de :  

  • Vision floue : elle peut être due à une absence de corrections optiques, une décompensation d’une phorie après sollicitation de la convergence et mauvaise amplitude de fusion ou bien une paralysie de la musculature intrinsèque.   
  • Diplopie : la décompensation d’une phorie avec une déviation importante peut provoquer un léger dédoublement identifié comme une vision floue. Une mauvaise amplitude de fusion en divergence ou convergence peut être la source d’une légère diplopie ou une vision floue si la diplopie n’est pas franche. Un défaut réfractif peut augmenter la position en convergence ou en divergence et donc l’insuffisance dans l’autre sens, d’où l’importance de corriger ce défaut réfractif dans un premier temps.
  • Sensation d’irritation, de brûlures, de picotements, de démangeaisons avec parfois yeux rouges, larmoiement ou irritation du bord des paupières, de sécheresse oculaire ceci est la conséquence de la diminution de la fréquence de clignements car il existe une attraction visuelle importante et parfois une luminosité d’affichage trop puissante.
  • Douleurs le plus souvent sourdes et peu intenses, généralement rétro-orbitaires. Les globes oculaires sont douloureux à la pression à travers la paupière supérieure et aux mouvements du regard. Douleurs également musculo-squelettiques.
  • Céphalées « en casque » c’est-à-dire autour des yeux, au niveau du front au-dessus de la ligne des sourcils, des tempes ou de l’occiput. Ces maux de tête s’atténuent le plus souvent après avoir arrêté les activités sur écrans.
  • Fatigue et malaises généraux

La fatigue visuelle persiste en fin de journée, s’accroît au fur et à mesure des sollicitations. Elle peut entraîner une fatigue psychique avec des conséquences sociales, familiales ainsi que des répercussions sur le comportement.

La problématique avec les jeunes enfants est qu’ils ne savent pas toujours verbaliser leurs mal-être. On peut observer chez les petits une tendance à fermer un œil et des clignements excessifs.

Les écrans peuvent être un révélateur d’anomalie visuelle de nature réfractive ou fusionnelle.

Cependant, chez les enfants ils peuvent ne révéler que l’hypermétropie physiologique qui en l’absence de signes fonctionnels ne nécessite pas d’être corrigée. Malheureusement, avec l’apparition des écrans, l’exigence visuelle demandée aux petits, est de plus en plus importante et donc cette hypermétropie est de plus en plus souvent corrigée. En l’absence de correction de l’hypermétropie des anomalies accommodatives peuvent apparaître induisant des pseudo myopies ou des strabismes convergents, liés à un rapport accommodation/convergence anormal. Enfin, le temps passé sur les écrans « enferme » les enfants qui s’exposent moins au soleil et donc aux rayons ultra-violet. Si une exposition excessive est nocive, elle est néanmoins nécessaire à l’arrêt de la croissance de l’œil. La trop faible exposition au soleil peut augmenter les risques de myopie. D’ailleurs, ce phénomène est de plus en plus observé dans les grandes villes d’Asie.

Le temps passé sur les écrans peut, également, révéler des troubles fusionnels, qui peuvent être à l’origine d’un grand nombre de signes fonctionnels. Une étude a révélé que l’exposition aux écrans a des effets plus néfastes que l’exposition aux livres sur les paramètres sensori-moteurs de la vision.

La lumière des écrans est composée de lumière bleue-violette qui induit et favorise le stress oxydant par une production accrue d’espèces oxygénées réactives, une diminution des défenses anti-oxydantes et des modifications mitochondriales ce qui aboutit à l’apoptose des cellules rétiniennes. Cette lumière provient de la lumière naturelle et des éclairages artificiels de type LEDs blanches froides présentent dans les écrans ou dans certains éclairages. Cette lumière est plus toxique chez les enfants car leur cristallin immature laisse passer 80% à 90% de la lumière bleue. Ce n’est qu’avec l’âge que le cristallin en vieillissant absorbera mieux cette lumière bleue ; l’intensité et la qualité de la lumière bleue projetée sur la rétine seront alors diminuées. Ainsi, pour la même quantité de lumière bleue, le pourcentage qui arrive sur la rétine diffère nettement chez l’enfant et chez l’adulte (sans oublier, que cette lumière est responsable de bon nombre de dérèglement de l’horloge biologique en perturbant les niveaux de mélatonine, pouvant entraîner des troubles du sommeil, hors le sommeil est essentiel à la mémorisation et l’actualisation inconsciente du sentiment d’identité).

Nous clignons des yeux environ 20 fois par minute en temps normal et jusqu’à 5 fois moins devant un écran. Ces clignements permettent de maintenir le film lacrymal en permanence et empêchent le dessèchement de la cornée. Une sécheresse oculaire peut entraîner rougeurs oculaires, picotements, larmoiement et des altérations de la cornée.

Une expérimentation visuelle sur tablettes chez les jeunes enfants peut avoir des conséquences sur sa structuration spatiale. La tablette sollicite la vision dans un espace en deux dimension restreint à 40° pouvant donc empêcher une expérimentation en trois dimension dans les 180° du champs visuel et entraîner des négligences au niveau du champ visuel attentionnel, qui se développe jusqu’à l’âge de 8 ans, et des troubles au niveau de l’appréhension des distances.

Les écrans font aujourd’hui partie de la vie des enfants et des adultes. Leur consommation n’est pas sans conséquence et l’usage doit donc en être très contrôlé concernant le nombre d’heures et aussi l’ergonomie de l’installation.